DATE DE PARUTION
04 . 07 . 2024
31 - Deux forces qui s’opposent
DATE DE PARUTION
04 . 07 . 2024
Thématique
Lettres aux jeunes filles
Auteur
Les Filles de Marie

Chère Amie,
Mathilde est rivée à l’écran de son ordinateur. Après avoir terminé ses devoirs, elle s’est jointe à quelques compagnes «connectées» pour participer à un jeu en ligne. Ses parents le lui avaient permis pour une demi-heure, car, ensuite, c’est la prière du soir en famille. Au bout de 35 minutes, sa mère la rappelle à l’ordre. Mathilde insiste pour qu’on lui accorde encore un peu de temps, mais ses parents lui signifient que c’est assez pour aujourd’hui et qu’ils l’attendent pour la récitation du chapelet.
Sa mère ajoute: «Donnons joyeusement du temps à Dieu. C’est ainsi que, sous l’influence divine, nous trouvons la force de faire de notre vie, une vie d’amour.» Mathilde a déjà entendu ces mots plus d’une fois… Et, pour dire vrai, ils sont tellement dérangeants! Surtout en ce moment! Tout en quittant l’ordinateur avec des gestes un peu brusques, elle répète intérieurement, sur un ton de mécontentement et de contrariété: «Donnons joyeusement du temps à Dieu. Donnons joyeusement du temps à Dieu».
En son être, le combat est installé. Il lui semble qu’une partie d’elle-même ne veut pas adhérer à cet appel d’un effort pour entretenir sa vie d’amitié avec Dieu, alors qu’à d’autres moments, elle porte souvent sa pensée vers Lui avec amour. Après quelques minutes chaotiques, la famille, enfin rassemblée comme prévu, commence le chapelet.
À mesure que se succèdent les «Aves», auxquels Mathilde répond avec un ennui visible, elle se calme un peu et réfléchit. C’est comme si deux forces s’opposaient en elle. Comment se fait-il que l’une l’attire vers Dieu, vers les hauteurs spirituelles, tandis que l’autre voudrait lentement l’entraîner vers l’indifférence religieuse où elle n’aurait plus d’efforts à faire? Elle constate que, même si elle veut être bonne, il lui arrive, dans les faits de ne pas toujours l’être.
Quel difficile combat, en effet! Le ressens-tu parfois en toi? Es-tu la seule à vivre les choses ainsi? Nous tenons à te rassurer, chère amie, avec les paroles mêmes de Marie-Paule: «Par la concupiscence et l’atavisme, il y a en nous toutes les tendances au mal qu’il nous faut mater, contrôler en vue de les détruire. (…) Mais en même temps, nous ressentons une impulsion naturelle qui nous oriente vers ce qui est bon et beau» (Appendice V, p. 13).
Il existe en France, plus précisément à Lyon, dans la paroisse Saint Nizier, un chemin de croix qui y a été inauguré en 2019. Ce qui distingue ce chemin de croix de ceux que nous avons l’habitude de voir, c’est que les personnages qui entourent Jésus sont tous vêtus et coiffés comme des contemporains, c’est-à-dire comme des hommes, des femmes et des jeunes de notre temps.
Cette façon de le représenter rend les scènes de la Passion de Jésus plus actuelles, plus proches de nous. Mais l’artiste, en procédant ainsi, a aussi voulu nous aider à mieux nous reconnaître, tant dans les personnages aimants ou sympathisants que dans ceux qui se montrent, à certaines heures, indifférents ou même qui deviennent des bourreaux de Jésus, ajoutant à ses souffrances.
Qu’elle est touchante, en effet, cette scène d’une jeune qui s’avance, compatissante, bravant les moqueries, pour essuyer la face ensanglantée de Jésus, si douloureux! Ne pouvons-nous pas nous identifier à elle lorsque nous faisons preuve de courage pour vivre notre foi dans un monde qui se moque de Dieu? Lorsque, avec volonté, nous entretenons notre amitié avec Lui? Ou encore quand, par amour pour Lui, nous essayons de Le consoler par la vertu de pureté que nous maintenons courageusement? N’y a-t-il pas aussi, dans le geste de cette jeune fille, tous nos efforts pour réconforter et intégrer ceux que le groupe rejette ou méprise? Car souvenons-nous que Jésus et Marie-Paule ont tous les deux dit: «Ce que vous faites à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous le faites.» Par ailleurs, Marie-Paule nous avertit: «Si, aujourd’hui, nous croyons être dans la bonne voie, demain, qui sait… nous pouvons bifurquer» (Journal Marie, Les Éditoriaux, p. 118).
Aussi, d’autres tableaux de ce chemin de croix nous invitent à un sérieux examen de conscience, celui de la neuvième station, par exemple. Épuisé, Jésus tombe pour la troisième fois. Le bourreau qui le suit, vêtu d’un chandail banal, d’un jeans et d’espadrilles, se tient derrière lui avec son téléphone à la main. Il profite de cet «arrêt» de Jésus, épuisé et souffrant, pour… consulter son écran!
Comme ce jeune homme, et comme Mathilde a été tentée de le faire, ne nous arrive-t-il pas souvent, à notre tour, de sacrifier le temps de la prière pour justement nous amuser sur nos écrans?
Ne les laissons-nous pas prendre de plus en plus de place dans nos vies, sans arriver à nous en détacher, au détriment de notre vie spirituelle?
Ces tableaux de Bruno Desroche, un jeune et talentueux artiste qui possède une vie intérieure très profonde, nous parlent et nous interpellent.
Nous avançons vers la grande Semaine Sainte. Redisons à Jésus et à Marie-Paule notre désir d’être de celles qui Les consoleront toujours.
Voici le lien du site de Bruno Desroche et de son chemin de croix, si tu souhaites le consulter: https://brunodesroche.fr/chemin-croix/
Les Filles de Marie
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