DATE DE PARUTION
09 . 05 . 2024
23- «Je me souviens!»
DATE DE PARUTION
09 . 05 . 2024
Thématique
Lettres aux jeunes filles
Auteur
Les Filles de Marie

Chère Amie,
Chez ses grands-parents, Mathilde, piquée de curiosité, ouvre le gros livre qui repose sur la table du solarium: Thérèse Sauvageau – Témoin de notre passé – Oeuvres complètes. Elle s’intéresse d’abord aux captivantes illustrations: des tableaux peints à l’huile par l’auteur. Que de détails authentiques, dans ces scènes d’autrefois! Son grand-père lui explique alors que son livre présente, à travers de courts récits très vivants et parfois cocasses, la vie des ancêtres québécois entre 1850 et 1950.
En effet, les quelques paragraphes que Mathilde parcourt sont accrocheurs. Tout au long de ces pages, à travers d’attachants personnages, l’auteur fait découvrir à ses lecteurs les moeurs, les coutumes, les traditions, les activités, les métiers et le travail de ceux qui ont bâti notre pays. Gens simples, mais heureux, ils étaient animés par leur foi en Dieu et par la noblesse de leur coeur. Mathilde est soudainement transportée dans cette époque riche de sens et de valeurs, tandis que son grand-père, en puisant dans ses propres souvenirs, est fier de lui raconter des anecdotes personnelles sur ce passé que lui rappellent les sujets de ce livre.
Le Canada, jeune pays d’un peu plus de 400 ans, a commencé son développement avec l’arrivée des colons français et britanniques. Parmi ces années, nous pourrions dire qu’à peu près 300 se sont écoulées dans la fidélité aux valeurs chrétiennes et catholiques qui animaient ses fondateurs venus de France. La réalité de l’âme était connue et l’on était attaché aux principes du vrai bonheur. On respectait la religion et le sacré, la famille et les aînés; on valorisait le travail honnête et bien fait, l’entraide, le don de soi et la charité.
C’est dans cette atmosphère, imprégnée de foi en Dieu, que Marie-Paule a aussi vécu sa jeunesse. Puis, elle a douloureusement été témoin de changements inquiétants pour l’avenir de la société. Que se passait-il? Elle écrit:
«Le souffle ardent de nos ancêtres français a inculqué en terre canadienne l’amour de la foi et de la patrie. Une colonie a grandi à l’ombre du clocher, ouvrant les âmes à la vraie joie, aux valeurs d’amour enseignées par des êtres valeureux et religieux qui ont quitté leur patrie en vue de former un peuple fort. (…)
Soudainement, le monde a trahi sa foi, délaissé la pratique religieuse, refusé l’espérance et perdu l’amour de la Vie (…).
Les familles ont éclaté; les naissances, refusées; la fidélité, rejetée; les enfants, délaissés, insécures, sans appel pour la beauté, le ciel et son mystère, etc. Un raz de marée a atteint les plus belles familles» (Le Royaume, no 110, mars-avril 1996).
La sauvegarde des nobles valeurs qui nous sont transmises est toujours un combat; un combat qui commence en soi et qui nous place devant le choix de l’idéal exaltant ou de la facilité.
Le Pape Jean Paul II le savait bien. Soucieux, il a exhorté les Canadiens à «redécouvrir les valeurs qui sont essentielles pour une vie bonne et pour le bonheur humain».
Il leur disait: «Les Canadiens ont un trésor incomparable à offrir. Ils doivent donc préserver ce qui est profond, ce qui est bon, ce qui est valable dans leur héritage.»
Le meilleur de notre héritage, c’est bien l’attachement de nos ancêtres à la foi en Dieu et à ses Commandements. Aussi, pour que l’avenir soit beau, non seulement pour notre patrie, mais partout dans le monde, il nous faudrait le courage de nous investir à sa beauté en redécouvrant les principes qui, autrefois, ont rendu les générations heureuses.
Sans céder à la nostalgie du bon vieux temps et portant plutôt son regard vers l’avenir, le grand-père de Mathilde lui dit:
«Tu sais, le grand conteur et poète québécois, Félix Leclerc, a écrit une belle phrase pour décrire le colon typique qui traversait l’océan pour venir bâtir notre beau pays. Il disait: “Lui, c’est le germe, c’est le précieux, c’est lui qui va ensemencer là-bas.” Il y a quelque chose, encore, à ensemencer, là-bas, plus loin, dans ce futur que la jeunesse doit préparer.»
Puis, sentencieusement, il ajoute: «Il était une fois un grain béni nommé Mathilde. Il était tombé dans une bonne terre. Fidèle à ses racines, il ensemencera le nouveau monde de paix et d’amour.» Et, après un moment de silence, son regard au loin, comme enveloppant tous ces grains bénis, toute cette jeunesse qui appartient à Marie-Paule, il murmure: «Si la belle jeunesse le veut, car il faut le vouloir!»
Les Filles de Marie
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